Blog

Principales conclusions des Perspectives séculaires de PIMCO : des lendemains qui déchantent

Nous pourrions être témoins d’un tournant majeur : dix ans après la crise financière, l’économie mondiale et les marchés financiers semblent prêts à entrer dans une nouvelle ère de profonds changements.

Si cela vous a échappé, ce qui peut se comprendre au vu des récents revirements en Italie et sur les marchés financiers, nous avons publié nos Perspectives séculaires la semaine dernière. L'Argentine, l’Italie et, dernièrement, l’imposition de droits de douane par le président D. Trump sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance de l’Union européenne, du Canada et du Mexique, entre autres, sont quelques exemples récents des désillusions amères subies par des marchés financiers trop complaisants. Cependant, comme nous l'expliquons plus en détail dans les perspectives, ces événements pourraient n’être qu’un léger avant-goût de ce qui se profile à l’horizon séculaire. Voici les principales conclusions.

À la suite du forum de trois jours animé par des intervenants externes éminents et notre Conseil consultatif mondial, ainsi que des discussions internes qui s'en sont suivies, nous avons conclu que nous pourrions être témoins d’un tournant majeur : dix ans après la crise financière, l’économie mondiale et les marchés financiers semblent prêts à entrer dans une nouvelle ère de profonds changements, au vu desquels l'avenir s’annonce radicalement différent du passé.

Depuis la crise, l’environnement s’est caractérisé par une répression financière (au travers de la réglementation et des mesures extraordinaires des banques centrales), des politiques budgétaires pour la plupart passives ou restrictives, des échanges et des flux de capitaux globalement non restreints, une croissance et une inflation modérées et une volatilité limitée tant au plan macroéconomique que sur les marchés. Pour être honnête, la dernière décennie a eu son lot d'amères désillusions, mais lorsqu’elles se sont présentées, les banques centrales sont rapidement intervenues pour soutenir les marchés et les économies.

Un environnement plus difficile se dessine

Sur les cinq prochaines années, le paysage macroéconomique devrait selon nous connaître de profonds changements, pour le meilleur ou pour le pire. D'importantes mutations sont déjà en cours : le dosage entre politique monétaire et politique budgétaire a évolué dès lors que les banques centrales retirent leurs mesures de soutien et que les politiques budgétaires se font plus expansionnistes ; le débat réglementaire se déplace de la finance vers le secteur technologique, et le nationalisme et le protectionnisme économiques gagnent du terrain. Toutefois, des perturbations plus importantes pourraient se profiler. Voici une liste de cinq sources potentielles d'amères désillusions majeures pour les investisseurs à l’horizon séculaire :

  • Retour de la récession. Notre scénario de base continue d'intégrer une récession aux États-Unis sur notre horizon séculaire, qui pourrait également affecter un grand nombre d'autres pays. Un tel fléchissement se traduirait vraisemblablement par une récession/reprise moins marquée, mais plus longue qu'une traditionnelle récession, et également plus risquée.
    • Moins marquée, car nous n’observons pour l'heure aucune dépense excessive dans le secteur privé ni aucun surendettement dans le secteur financier, qui avaient précédé les récessions passées.
    • Plus longue, car la marge de manœuvre des politiques monétaires et budgétaires est plus restreinte que par le passé.
    • Et plus risquée, car les prévisions d’inflation sont déjà très basses, les faiblesses structurelles de la zone euro s'en verront révélées et une récession pourrait faire monter en puissance des variantes bien plus radicales de nationalisme et populisme économiques.
  • Hausse de la productivité. Même si cela ne fait pas partie de notre scénario de base, il est tout à fait possible que la croissance de la productivité connaisse une accélération importante grâce à un plus vaste déploiement des nouvelles technologies par le biais de nouveaux investissements des entreprises. Alors qu’une productivité en hausse est une bonne nouvelle sur une perspective économique à long terme, les investisseurs doivent faire attention à ce qu'ils souhaitent : le chômage technologique pourrait augmenter, de nombreuses sociétés pourraient être perturbées et les taux d’intérêt réels pourraient progresser, ce qui pourrait pénaliser de nombreux investisseurs.
  • Folies budgétaires. Une expansion budgétaire suffisamment importante à l’échelle mondiale pour compenser totalement ou partiellement l’excès d’épargne désirée par rapport aux investissements désirés dans le secteur privé remettrait en cause le statu quo d'inflation faible et de taux d’intérêt bas. Creuser davantage la dette publique à l’heure où les banques centrales mettent fin à leurs achats d'actifs nets ou sont déjà en train de réduire leur bilan pourrait augmenter les primes à terme et pentifier les courbes de rendements. Des taux d'intérêt plus élevés et/ou la prochaine récession dévoileraient certainement les maillons faibles parmi les emprunteurs prodigues.
  • Piège de Thucydide. Le domaine géopolitique pourrait également être source d'amères désillusions. Lors du forum, nous avons discuté du piège de Thucydide, qui se solde par un conflit (parfois armé) entre une puissance émergente, comme la Chine, qui défie une superpuissance établie, telle que les États-Unis, sur plusieurs fronts : économique, technologique et géostratégique. Bien évidemment, ce piège n’est pas inévitable. Cependant, les tensions probables liées à l’émergence de la Chine en tant que superpuissance économique et militaire au niveau mondial, tandis que les États-Unis redoublent d’efforts pour préserver leurs acquis dans les domaines du commerce, de la propriété intellectuelle et de la défense, sont source d’incertitude et pourraient également engendrer des accidents sur notre horizon séculaire.
  • Populisme radical. Cinquième point, mais non des moindres, il existe un fort risque de retour de bâton populiste plus extrême que celui observé jusqu’à présent, notamment en cas de nouvelle récession. Ceci pourrait se traduire de plusieurs façons : redistribution à grande échelle des revenus et des richesses par le biais d'impôts et d’un revenu universel de base, protectionnisme plus agressif, nationalisation d’entreprises de premier plan et/ou éclatement de monopoles technologiques, remise en question de l’indépendance des banques centrales et monétisation de la dette plus importante, etc.

Conclusions en termes d’investissement séculaire

Plutôt que de pâtir de ces éventuelles amères désillusions, les investisseurs seraient bien inspirés de se préparer à un contexte plus difficile et de se mettre en position d'attaque lorsque ces amères désillusions surviendront. Cela peut vouloir dire renoncer à une partie du potentiel de rendement pour favoriser la flexibilité, en détenant par exemple davantage de placements très liquides à court terme.

« Nous continuons de penser que le cadre de Nouvelle Neutralité, caractérisé par des taux directeurs bas enracinant les marchés obligataires mondiaux, restera un guide utile. » Par conséquent, nous prévoyons de maintenir la sensibilité aux taux d’intérêt à un niveau proche de celui de l’indice de référence, dans la mesure où les marchés obligataires mondiaux devraient selon nous évoluer dans une fourchette relativement étroite et où les risques haussiers et baissiers nous semblent globalement équilibrés sur les courbes à terme.

Autres faits marquants :

  • Nous anticipons une hausse de la volatilité et, partant, prévoyons de moins axer nos ventes sur ce critère, lequel jouerait, dans un contexte de volatilité normal, un rôle clé dans la construction de nos portefeuilles. En outre, nous pourrions trouver des opportunités ciblées dans le cadre desquelles l’achat de volatilité présenterait un profil risque/rendement attrayant.
  • Nous nous attendons à un rétablissement des spreads de risque et des primes à terme plus élevés, entraînant une pentification des courbes de rendement. L’extrémité courte de la courbe offre en règle générale un meilleur rendement ou des revenus plus élevés par unité de sensibilité. Des risques d'inflation accrus, anticipés ou réels, pourraient également se traduire par une pentification de la courbe.
  • Les TIPS américains offrent selon nous une couverture contre le risque de hausse de l’inflation aux États-Unis à un prix raisonnable. À l’instar des TIPS, les matières premières et d'autres actifs corporels offrent également une atténuation du risque d'inflation.
  • Nous pensons qu'il serait plus judicieux d’être beaucoup plus sélectifs à l’égard du crédit et de réduire l’exposition au risque de crédit des entreprises dans l’ensemble alors que nous approchons de la fin de la reprise séculaire intervenue après la crise. Nous mettons l’accent sur des titres de courte échéance ainsi que sur des positions en obligations d’entreprises et en produits structurés « qui plient, mais ne rompent pas » et présentent un faible risque de défaut.
  • Face au manque de visibilité quant à l’attitude des banques centrales, nous nous attacherons à mettre l’accent sur des investissements offrant de solides profils risque/rendement et qui ne dépendent pas de manière excessive du soutien des banques centrales. Dans ce contexte, nous prêterons une attention particulière au risque lié aux pays périphériques de la zone euro.
  • Nous sommes largement mitigés quant à l’évolution du dollar américain face aux autres devises du G-10, compte tenu des anomalies de valorisation limitées sur les marchés. Ce sentiment reflète également l’incertitude aux États-Unis quant aux effets d’une part, de la pression haussière sur le dollar exercée par les taux et les différentiels de croissance et, d’autre part, de la pression baissière due au double déficit de la balance courante et budgétaire.
  • Nous espérons trouver des opportunités intéressantes sur les marchés émergents, tous pays et secteurs confondus, grâce à notre équipe de spécialistes des ME. Les risques spécifiques, l’évolution des taux d’intérêt américains et du billet vert et l’incertitude qui en découle en termes de cycle seront – comme à l’accoutumée – des facteurs importants pour sélectionner les investissements sur ces marchés. Toutefois, nous estimons que, au fil du temps, le maintien du contexte de Nouvelle Neutralité, les rendements des marchés développés et les taux directeurs globalement faibles joueront en faveur des actifs émergents.

Pour des informations détaillées sur les tendances à plus long terme qui façonnent l'économie mondiale et l’environnement de marché, veuillez consulter les dernières Perspectives séculaires de PIMCO : « Des lendemains qui déchantent. ».

À LIRE ICI
L’auteur

Joachim Fels

Conseiller économique international

Andrew Balls

CIO mondial des placements en titres à revenu fixe

Daniel J. Ivascyn

Group CIO

Similaire

Blog
One lightbulb shining and standing out from the rest

Un réveil de la productivité ?

L'un des lendemains douloureux auxquels nous avons invité les investisseurs à se préparer dans nos récentes Perspectives séculaires concerne une hausse surprise de la croissance de la productivité au cours des prochaines années.

Mentions Légales

Les performances passées ne constituent pas une garantie ou un indicateur fiable des résultats futurs.

Tout investissement comporte un risque et peut perdre de la valeur. L'investisseur sur le marché obligataire s'expose à certains risques au nombre desquels un risque de marché, de taux, de signature, de crédit, d'inflation et de liquidité. La valeur de la plupart des obligations et stratégies obligataires est affectée par les variations de taux d'intérêt. Les obligations et les stratégies obligataires assorties de sensibilités plus longues ont tendance à être plus sensibles et plus volatiles que celles qui affichent des sensibilités plus courtes. De façon générale, les prix des obligations chutent quand les taux d'intérêt augmentent, un risque renforcé par le contexte actuel de taux d'intérêt bas. La réduction actuelle des capacités des contreparties obligataires peut contribuer à un assèchement de la liquidité sur le marché et à une volatilité accrue au niveau des prix. La valeur des investissements obligataires peut être supérieure ou inférieure à leur coût d'achat à la date de cession. Les obligations de sociétés sont assujetties au risque de non-paiement du capital et des intérêts par l'émetteur, ainsi qu'à la volatilité des cours liée à certains facteurs tels que la sensibilité aux taux d'intérêt, la perception de la solvabilité de cet émetteur par le marché et la liquidité boursière dans son ensemble. Les obligations indexées sur l'inflation (OII) émises par un gouvernement sont des titres à revenu fixe dont la valeur de remboursement est ajustée périodiquement en fonction du taux d'inflation. Les OII perdent de la valeur lorsque les taux d'intérêt réels augmentent. Les Treasury Inflation-Protected Securities (TIPS) sont des OII émises par le gouvernement américain. L'investissement dans des titres libellés en devise étrangère et/ou domiciliés à l'étranger peut entraîner des risques plus élevés en raison des fluctuations de change et des risques économiques et politiques potentiellement plus élevés dans les marchés émergents. Les taux de change peuvent fluctuer sensiblement sur de courtes périodes et réduire les performances d'un portefeuille. Les matières premières comportent des risques accrus, parmi lesquels les risques de marché, politiques, réglementaires et environnementaux, et peuvent ne pas convenir à tous les investisseurs. La diversification ne constitue pas une garantie contre les pertes.