Blog

Principaux enseignements des Perspectives cycliques de PIMCO : De la douleur à la guérison

Selon nous, l'économie mondiale et les marchés financiers devraient passer progressivement d'une phase très douloureuse à court terme à une phase de guérison sur les six à 12 prochains mois. Toutefois, cette reprise pourrait être hétérogène et nous pourrions connaître d'importants revers ainsi que des dommages permanents.

Après la plus longue phase d'expansion de son histoire, l'économie mondiale a plongé, du fait de la pandémie de coronavirus, dans ce qui pourrait rapidement devenir l'une des récessions les plus marquées mais aussi les plus courtes de l'ère moderne. Toutefois, comme nous l’évoquons dans nos dernières Perspectives cycliques, toute prévision s'avère aujourd'hui plus incertaine que jamais.

Contrairement aux récessions précédentes, qui ont généralement été causées par l'interaction entre des déséquilibres économiques et financiers, des hausses de taux d'intérêt ou des flambées du prix du pétrole, la crise actuelle a été provoquée par un choc exogène. La gravité de la crise du COVID-19 a poussé les gouvernements du monde entier à confiner leurs populations et a réduire drastiquement leurs activités sociales et économiques, entraînant un net repli de l'offre et de la demande globales. Nous assistons à la première récession décrétée par des gouvernements : un arrêt nécessaire, temporaire et partiel de l'économie visant à éviter une crise humanitaire encore plus grave.

Politiques économiques adoptées en réaction à la crise

La situation actuelle se distingue également par la vitesse et l'ampleur sans précédent de la réaction monétaire et budgétaire à la crise, les responsables politiques et les autorités monétaires tentant d'éviter que la récession ne devienne une dépression prolongée.

Les banques centrales sont montées au créneau en se faisant prêteurs de dernier recours non seulement pour les banques mais aussi pour d'autres intermédiaires financiers et même pour des entreprises non financières. Leur appui a pris la forme de divers programmes de prêts et d'achat d'actifs.

Sur le plan budgétaire, de nombreux gouvernements ont octroyé des garanties pour les prêts bancaires accordés aux entreprises, des reports de paiements de taxes, des filets de sécurité pour les programmes de prêts des banques centrales, des transferts directs de revenus aux ménages et des subventions pour les entreprises. Dans de nombreux pays, la réponse budgétaire dépasse déjà celle adoptée lors de la crise financière mondiale de 2008-2009 et de nouvelles mesures d'aide pourraient être mises en place prochainement.

Notre scénario de base : de la douleur à la guérison

Face à l'ampleur des mesures de soutien et à l'absence de réels déséquilibres économiques majeurs, nous pensons que l'économie mondiale devrait passer progressivement d'une phase très douloureuse à court terme à une phase de guérison sur les six à 12 prochains mois, une fois que la propagation du coronavirus aura été maîtrisée et que les restrictions auront été levées.

Toutefois, notre scénario de base continue de tabler sur une reprise en U plutôt qu'en V (voir figure) car les restrictions ne devraient être levées que progressivement et à des rythmes différents selon les secteurs et les régions. Par ailleurs, il faudra du temps pour réparer les chaînes d'approvisionnement mondiales. Par conséquent, à la suite de l'effondrement de l'activité économique que nous traversons aujourd'hui (et qui forme la partie descendante du U), nous pensons que le processus de redressement devrait durer plusieurs mois une fois que le virus aura été maîtrisé (la partie basse du U) avant que l'offre et la demande ne repartent à la hausse, avec l'aide de mesures budgétaires et monétaires ainsi que l'éventuelle atténuation de la grave crise sanitaire.

Cette figure illustre la prévision correspondant au scénario de base de PIMCO pour une reprise en U du PIB mondial, avec un net repli au cours des deux premiers trimestres de 2020, une période de faible activité au troisième trimestre, puis une reprise au quatrième trimestre.

Les risques : une stagnation plus longue, ou une reprise suivie d'une rechute

Les prévisions de notre scénario de base pourraient toutefois être remises en question si la pandémie dure plus longtemps que prévu, ou si le nombre de défauts d'entreprises est supérieur aux attentes. Nous avons identifié deux scénarios de risque : un plancher prolongé en forme de L ou une reprise interrompue par une rechute, disons en forme de W.

En théorie, une reprise en V reste possible mais cette probabilité reste faible selon nous. Un tel scénario pourrait résulter d'une politique macroéconomique efficace, d'avancées médicales et d'un renforcement des capacités des systèmes de santé et des gouvernements pour faire face à la crise actuelle.

Un aperçu du monde après le COVID

Nous pensons que cette crise aura trois conséquences à long terme :

  • La mondialisation pourrait être remise en cause : les entreprises pourraient tenter de réduire la complexité et les risques de leurs chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, et les gouvernements pourraient tirer profit des préoccupations sanitaires pour limiter les échanges, les voyages et les migrations. Les modèles économiques des entreprises, des secteurs et des pays qui dépendent fortement des échanges et des voyages pourraient être durablement affectés.
  • Hausse de l'endettement public et privé : l'indépendance des banques centrales pourrait être remise en question alors qu'elles intensifient leur appui aux entreprises (une mesure essentiellement budgétaire), et qu'elles maintiennent les taux d'intérêt à un faible niveau afin de contribuer au financement de déficits budgétaires de plus en plus élevés. Si les gouvernements poursuivent leurs mesures d'expansion budgétaire après la crise, la prédominance de la politique budgétaire par rapport à la politique monétaire pourrait entraîner une hausse de l'inflation à des niveaux supérieurs à ceux que les cours du marché anticipent actuellement. Mais étant donné que les banques centrales plafonneront la hausse des rendements nominaux qui résulterait normalement de la montée de l'inflation, les taux réels auront tendance à diminuer à mesure que l'inflation augmente.
  • Changement du comportement des ménages en matière d'épargne : la hausse du chômage et de l'endettement des particuliers pourrait se traduire par une plus grande prudence des ménages, renforçant ainsi la demande pour les actifs à faible risque tels que les obligations et les liquidités. De plus, les propriétaires de logement pourraient chercher à rembourser leurs prêts immobiliers plus rapidement. Nous devrions donc assister à une ruée vers l'épargne dans le secteur privé et les investisseurs devraient se préparer à une « nouvelle neutralité 2.0 » caractérisée par des taux d'intérêt réels encore plus faibles à long terme.

Recommandations d'investissement : la prudence avant tout

Les investisseurs doivent se préparer à faire face à un environnement très différent en raison des risques qui affecteront les segments les plus fragiles du marché du crédit au cours des prochains mois. Ce scénario devrait créer des points d'entrée plus intéressants sur les segments à haut risque de l'univers d'investissement. Nous restons néanmoins patients et privilégions les opportunités que présentent les actifs que nous considérons comme étant de qualité et peu exposés pour l'instant au risque de défaut. Une approche privilégiant la prudence avant tout s'impose selon nous afin d'éviter des pertes en capital irréversibles.

Cette approche devrait être axée sur la sensibilité aux taux américains ; malgré une importante surperformance relative, nous pensons que les taux américains pourraient encore diminuer si la stabilisation prend plus longtemps que ne le prévoit notre scénario de base. Selon nous, les titres adossés à des crédits hypothécaires d’agences (MBS) et les Treasury Inflation-Protected Securities (TIPS) américains restent des actifs de qualité intéressants malgré la récente volatilité.

Nous adoptons depuis un certain temps une approche prudente à l’égard des obligations d'entreprises, en raison notamment de problèmes de valorisation et de fonctionnement de marché. Toutefois, nous voyons actuellement une opportunité de renforcer l’exposition aux titres de qualité à échéance longue qui compensent selon nous les risques encourus. En ce qui concerne le crédit privé, nous tablons sur des opportunités de profiter de primes de liquidités intéressantes. Nous restons prudents vis-à-vis des segments les plus faibles des marchés de titres investment grade, à haut rendement et de prêts.

Nous adopterons une approche prudente de la dette souveraine européenne et continuerons de surveiller de près les mesures monétaires et budgétaires. Les marchés émergents abordent cette récession avec peu de déséquilibres macroéconomiques majeurs mais aussi avec des capacités monétaires et budgétaires limitées. Ce contexte, associé à la persistance du choc négatif qui s’exerce sur le prix du pétrole, nous pousse à faire preuve de prudence vis-à-vis de ces marchés tout en évaluant les opportunités qui se présentent.

Découvrez les dernières Perspectives cycliques de PIMCO, « De la douleur à la guérison », pour en savoir plus sur ce qui attend l'économie mondiale en 2020 et comment s'y préparer.

LIRE MAINTENANT >

Joachim Fels est conseiller économique international chez PIMCO et contribue régulièrement au Blog PIMCO.

L’auteur

Joachim Fels

Conseiller économique international

Afficher le profil

Latest Insights

Similaire

Mentions Légales

London
PIMCO Europe Ltd
11 Baker Street
London W1U 3AH, England
+44 (0) 20 3640 1000

Dublin
PIMCO Europe GmbH Irish Branch,
PIMCO Global Advisors (Ireland)
Limited
3rd Floor, Harcourt Building 57B Harcourt Street
Dublin D02 F721, Ireland
+353 (0) 1592 2000

Munich
PIMCO Europe GmbH
Seidlstraße 24-24a
80335 Munich, Germany
+49 (0) 89 26209 6000

Milan
PIMCO Europe GmbH - Italy
Corso Matteotti 8
20121 Milan, Italy
+39 02 9475 5400

Zurich
PIMCO (Schweiz) GmbH
Brandschenkestrasse 41
8002 Zurich, Switzerland
Tel: + 41 44 512 49 10

Madrid
PIMCO Europe GmbH - Spain
Paseo de la Castellana, 43
28046 Madrid, Spain
Tel: +34 810 809 912

Les performances passées ne constituent pas une garantie ou un indicateur fiable des résultats futurs.

Tout investissement comporte un risque et peut perdre de la valeur. L'investisseur sur le marché obligataire s'expose à certains risques au nombre desquels un risque de marché, de taux, de signature, de crédit, d'inflation et de liquidité. La valeur de la plupart des obligations et stratégies obligataires est affectée par les variations de taux d'intérêt. Les obligations et les stratégies obligataires assorties de sensibilités plus longues ont tendance à être plus sensibles et plus volatiles que celles qui affichent des sensibilités plus courtes. De façon générale, les prix des obligations chutent quand les taux d'intérêt augmentent, un risque renforcé par les contextes de taux d'intérêt bas. La réduction des capacités des contreparties obligataires peut contribuer à un assèchement de la liquidité sur le marché et à une volatilité accrue au niveau des prix. La valeur des investissements obligataires peut être supérieure ou inférieure à leur coût d'achat à la date de cession. Les titres adossés à des crédits hypothécaires ou à des actifs peuvent s’avérer sensibles aux variations de taux d’intérêt ou au risque de remboursement anticipé et, même s’ils sont généralement soutenus par un gouvernement, un organisme public, ou un garant privé, il n’y a aucune assurance que celui-ci pourra respecter ses obligations. Les titres souverains sont généralement garantis par le gouvernement qui les émet. Les obligations d'agences et émanations du gouvernement américain bénéficient d'une certaine forme de protection mais pas de la pleine garantie du gouvernement américain. Les portefeuilles qui investissent dans de tels titres ne sont pas garantis et subissent des fluctuations de valeur. Les obligations indexées sur l'inflation (OII) émises par un gouvernement sont des titres à revenu fixe dont la valeur de remboursement est ajustée périodiquement en fonction du taux d'inflation. Les OII perdent de la valeur lorsque les taux d'intérêt réels augmentent. Les Treasury Inflation-Protected Securities (TIPS) sont des OII émises par le gouvernement américain. Les obligations de sociétés sont assujetties au risque de non-paiement du capital et des intérêts par l'émetteur, ainsi qu'à la volatilité des cours liée à certains facteurs tels que la sensibilité aux taux d'intérêt, la perception de la solvabilité de cet émetteur par le marché et la liquidité boursière dans son ensemble. Les titres moins bien notés à haut rendement présentent davantage de risques que les titres bénéficiant d'une meilleure notation ; les portefeuilles qui investissent dans ces titres peuvent être soumis à un risque de crédit et de liquidité plus élevé que les portefeuilles qui n'investissent pas dans ces titres. L'investissement dans des titres libellés en devise étrangère et/ou domiciliés à l'étranger peut entraîner des risques plus élevés en raison des fluctuations de change et des risques économiques et politiques potentiellement plus élevés dans les marchés émergents. La qualité de crédit d'un titre ou d'un groupe de titres ne garantit en rien la stabilité ou la protection du portefeuille dont ils font partie.

Rien ne dit que les stratégies d'investissement porteront leurs fruits dans toutes les conditions de marché ou qu'elles sont adaptées à tout type d'investisseur. Il est conseillé à chaque investisseur d'évaluer sa capacité à investir sur le long terme et plus particulièrement durant les replis boursiers. Il est recommandé aux investisseurs de consulter leur professionnel de l'investissement avant de prendre toute décision en matière d'investissement.

La sensibilité mesure la sensibilité du prix d'une obligation aux taux d'intérêt et s'exprime en années.

PIMCO